Plus de trois ans après le référendum constitutionnel de 2023, les Maliens ne savent toujours pas quand ils retourneront aux urnes pour une élection nationale. Le gouvernement continue pourtant d’afficher l’organisation d’élections parmi ses priorités et l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) reste financée.
Le Mali se prépare à une nouvelle année sans visibilité claire sur la date des prochaines élections.Le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres a adopté le projet de loi de finances pour l’exercice 2027.

Les recettes budgétaires sont estimées à 3 866,635 milliards de FCFA, tandis que les dépenses devraient atteindre 4 462,646 milliards, soit un déficit prévisionnel de 596,011 milliards de FCFA.
Le ministère de l’Économie et des Finances a ensuite publié, le 2 octobre, le projet de loi de finances 2027 ainsi que son Document de programmation pluriannuelle des dépenses et Projet annuel de performance (DPPD-PAP 2027-2029). Mais au-delà des milliards annoncés, une question demeure : que prévoit réellement l’État pour le retour des Maliens aux urnes ?
Une présidentielle reportée, toujours pas de nouvelle date
Le Mali devait initialement organiser une élection présidentielle en février 2024 pour mettre fin à la Transition. Le scrutin a été reporté en septembre 2023, les autorités invoquant notamment des raisons techniques. Depuis, le retour aux urnes reste sans échéance électorale nationale précise rendue publique. Pourtant, la question électorale n’a pas disparu de l’agenda officiel. La Primature présente toujours « l’organisation d’élections transparentes et apaisées » parmi les huit axes d’action du gouvernement.

En juillet 2026, les autorités ont également lancé une campagne nationale d’information et de sensibilisation sur les réformes politiques, institutionnelles, administratives et territoriales. Ces rencontres ont notamment porté sur les réformes électorales, les adaptations des listes électorales et le fichier électoral.

Le gouvernement compte même désormais un ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Réformes politiques et du Soutien au processus électoral. Le processus électoral existe donc toujours dans l’architecture institutionnelle. Mais quand débouchera-t-il sur des élections ?
Près de 7 milliards avaient déjà été projetés pour l’AIGE en 2027
Les chiffres budgétaires apportent un élément intéressant. L’Autorité indépendante de gestion des élections est l’institution chargée d’organiser et de gérer les opérations référendaires et électorales au Mali.
Dans le DPPD-PAP 2026-2028, publié en 2025, l’État projetait 6,899 milliards de FCFA pour l’AIGE en 2027, dans le cadre du programme intitulé « Organisation et Gestion des Opérations Référendaires et Électorales ». À première vue, le chiffre peut donner l’impression que des élections sont financièrement préparées. Mais ce serait aller trop vite. Une distinction est essentielle : financer l’AIGE n’équivaut pas nécessairement à financer l’organisation d’un scrutin national.
L’AIGE est une institution permanente. Même sans présidentielle ou législatives, elle doit disposer de ressources pour payer son personnel, assurer son fonctionnement, entretenir ses équipements, mettre à jour le fichier électoral ou encore former ses agents.
Le document budgétaire 2026-2028 est assez révélateur. Pour 2027, les 6,899 milliards de FCFA projetés étaient répartis entre environ 3,385 milliards pour le personnel, 2,512 milliards pour les biens et services et un peu plus d’un milliard pour les investissements. Le programme comprend notamment la mise à jour du fichier électoral, la communication, la formation, l’acquisition de véhicules ainsi que le fonctionnement général de l’AIGE. Autrement dit, ces dépenses permettent de maintenir et de préparer le dispositif électoral. Elles ne constituent toutefois pas, à elles seules, l’annonce financière d’une présidentielle ou d'élections législatives en 2027.
Le précédent des années précédentes invite à la prudence
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que plusieurs milliards sont inscrits au budget de l’institution électorale sans qu’une présidentielle soit organisée pendant l’année concernée. Le projet de loi de finances 2025 prévoyait ainsi plus de 6 milliards de FCFA pour le programme « Organisation et Gestion des Opérations Référendaires et Électorales ». Cela montre qu’une dotation budgétaire à l’AIGE ne constitue pas, en elle-même, un calendrier électoral.
Pour détecter la préparation concrète d’un scrutin national, il faut aller plus loin : identifier les crédits consacrés spécifiquement aux opérations électorales à grande échelle.Car une présidentielle ou des législatives nécessitent une importante logistique : matériel de vote, bulletins, bureaux de vote, formation et déploiement des agents, acheminement des équipements, communication, centralisation des résultats et sécurisation des opérations. L’AIGE elle-même distingue dans ses missions son budget annuel de fonctionnement du budget des consultations référendaires et électorales. Cette distinction est fondamentale.
Alors, des élections en 2027 ?
À ce stade, le budget ne permet pas de répondre par oui ou par non. Il serait incorrect d’affirmer que le Mali ne consacre aucun argent au processus électoral : l’AIGE est bien financée et des activités électorales continuent d’être menées.
Mais il serait tout aussi hasardeux de considérer les milliards consacrés au fonctionnement de l’institution comme la preuve qu’un scrutin national se prépare pour 2027. D’autres financements peuvent par ailleurs être mobilisés ultérieurement. Le budget de l’État peut être modifié en cours d’exercice par une loi de finances rectificative, comme cela s’est déjà produit. Le financement du processus électoral ne repose pas non plus exclusivement sur le budget national. Des partenaires peuvent apporter un appui technique ou financier aux opérations préparatoires.
Le calendrier reste la grande inconnue
Le paradoxe est donc là. D’un côté, l’administration électorale existe, dispose de ressources et poursuit certaines activités. Le gouvernement continue officiellement de présenter l’organisation d’élections comme l’un de ses axes d'action. De l’autre, les Maliens ne disposent toujours pas d’une échéance nationale précise leur indiquant quand ils retourneront aux urnes. Le budget 2027 apporte des informations sur les moyens de l’administration électorale. Il ne permet pas, à lui seul, de dire quand aura lieu le prochain grand scrutin.
Plus que le montant consacré à l’AIGE, c’est donc désormais la publication d’un calendrier électoral précis, accompagnée des moyens nécessaires à sa mise en œuvre, qui constituerait le signal le plus concret d’un retour prochain aux urnes. En attendant, malgré les milliards programmés et les réformes engagées, une question demeure entière : à quand les élections au Mali ?

