À l’ère du numérique et de l’information en continu, la désinformation s’est progressivement imposée comme un facteur majeur de déstabilisation des sociétés. Bien au-delà de simples erreurs ou rumeurs, elle influence les opinions, oriente les comportements et accentue les tensions sociales. Alimentée par les réseaux sociaux et des stratégies de manipulation organisées, elle joue désormais un rôle central dans la déstabilisation des sociétés.

La désinformation, un facteur de déstabilisation majeur

Les crises politiques, sanitaires, sécuritaires et sociales qui traversent de nombreux pays à travers le monde ne s’expliquent plus uniquement par des facteurs économiques ou institutionnels. Elles sont désormais amplifiées par un facteur central largement sous-estimé : la désinformation.

À l’ère des réseaux sociaux et de l’information en continu, les fake news ne se contentent plus de tromper. Elles s’imposent comme un puissant levier de manipulation de l’opinion publique capable d’influencer les comportements, de façonner les perceptions et d’exacerber les fractures sociales.

Cette menace est aujourd’hui largement documentée par les organisations internationales. L’UNESCO alerte depuis plusieurs années sur le caractère systémique de la désinformation. Dans son manuel de référence « Journalism, Fake News & Disinformation », l’organisation souligne que la manipulation de l’information fragilise la cohésion sociale et affaiblit durablement les fondements démocratiques en alimentant la défiance et la confusion.

https://www.unesco.org/en/articles/journalism-fake-news-disinformation

Loin d’être un simple bruit informationnel, la désinformation s’inscrit dans des stratégies organisées qui exploitent à la fois les failles du système médiatique et les vulnérabilités cognitives des citoyens. Elle prospère sur l’émotion, la peur et la polarisation, transformant l’information en outil de déstabilisation.

Le « Digital News Report » du « Reuters Institute » met d’ailleurs en évidence une érosion continue de la confiance envers les médias, directement liée à la prolifération de contenus trompeurs en ligne.

Digital News Report 2025
The most comprehensive study of news consumption, covering 48 markets around the world.

Comprendre la désinformation pour mieux la combattre

La confusion entre information erronée et désinformation nuit souvent à la compréhension du phénomène. La désinformation se distingue par son caractère intentionnel. Elle repose sur la production ou la manipulation volontaire de contenus dans le but d’induire le public en erreur, de servir des intérêts politiques, idéologiques ou économiques, ou encore de fragiliser la cohésion sociale. Les travaux de l’organisation « First Draft », spécialisée dans l’étude de la manipulation de l’information, montrent que ces contenus sont souvent décontextualisés, partiellement faux ou présentés de manière trompeuse, avec un objectif clair d’influence sur l’opinion publique.

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Cette logique stratégique explique pourquoi la désinformation privilégie des récits simples, émotionnels et polarisants, au détriment de la complexité des faits et de la nuance.

À ces dynamiques s’ajoutent la mésinformation, qui désigne la diffusion involontaire d’informations fausses et la malinformation, fondée sur l’exploitation d’informations authentiques sorties de leur contexte pour nuire. Ces distinctions permettent de mieux appréhender la diversité des mécanismes de manipulation à l’œuvre.

 

Les plateformes numériques au cœur du problème

Les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans la diffusion de la désinformation. Le fonctionnement des algorithmes, conçu pour maximiser l’engagement des utilisateurs, favorise mécaniquement les contenus suscitant de fortes réactions émotionnelles. Les informations trompeuses, souvent plus choquantes ou alarmistes que les contenus vérifiés, bénéficient ainsi d’une visibilité accrue.

Progressivement, ce système transforme l’espace numérique en un terrain fertile pour la propagation de récits faux ou biaisés. L’exposition répétée à des contenus similaires enferme les utilisateurs dans des bulles informationnelles, renforçant leurs convictions et limitant l’accès à des points de vue contradictoires.

Dans ce contexte, le partage d’une information devient un acte à fort impact, même lorsqu’il est effectué sans intention malveillante.

Des effets concrets sur les crises sanitaires, politiques et sociales

Les conséquences de la désinformation sont bien réelles. Dans le domaine sanitaire, la diffusion massive de fausses informations a contribué à affaiblir la confiance envers les autorités médicales et les professionnels de santé, compromettant l’efficacité des réponses publiques.

La pandémie de la COVID-19 a illustré de manière frappante comment une infodémie, caractérisée par une surabondance d’informations fausses ou trompeuses, peut aggraver une crise sanitaire déjà complexe. L’Organisation Mondiale de la Santé a notamment soutenu en Afrique l’initiative « Viral Facts » pour endiguer cette désinformation.

Viral Facts Afrique : une initiative pour lutter contre la dangereuse désinformation dans le domaine de la santé
Viral Facts Afrique, la toute première initiative africaine pour lutter contre la désinformation en ligne dans le domaine de la santé, a été lancée aujourd’hui par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avec un réseau d’organisations de vérification des faits et d’organismes de santé publique de premier plan.

Sur le plan politique, de nombreuses études montrent que les campagnes de désinformation fragilisent les processus démocratiques, alimentent la méfiance envers les institutions et contestent la légitimité des élections. En Afrique, des organisations de fact-checking comme Africa Check documentent régulièrement l’impact des fausses informations sur les processus électoraux, la sécurité et la cohésion sociale.

Des enquêtes journalistiques récentes soulignent également que la désinformation prospère sur les réseaux sociaux, dans un contexte de régulation limitée et de forte défiance institutionnelle, offrant un terrain particulièrement favorable aux manipulateurs de l’information.

En Afrique, « ceux qui désinforment ont maintenant le sentiment de pouvoir le faire avec une certaine liberté »
La décision de Meta de supprimer son programme de fact-checking aux Etats-Unis inquiète les vérificateurs de faits sur le continent africain, une région très vulnérable aux campagnes de manipulation de l’information.

Une manipulation de plus en plus industrialisée

La désinformation ne repose plus sur des initiatives isolées. Elle s’appuie désormais sur des dispositifs organisés, utilisant des réseaux de faux comptes, des bots automatisés et des contenus générés ou modifiés par l’intelligence artificielle.

Ces dispositifs permettent une diffusion rapide, ciblée et difficilement traçable des fake news, renforçant l’asymétrie entre des producteurs de désinformation et des citoyens souvent dépourvus des moyens nécessaires pour y faire face.

L’éducation aux médias, un rempart indispensable

Face à cette menace, l’éducation aux médias et à l’information s’impose comme une réponse structurelle. Développer l’esprit critique des citoyens, leur capacité à analyser les sources, à comprendre les logiques algorithmiques et à vérifier les contenus avant de les partager constitue un rempart fondamental contre la manipulation de l’information.

L’UNESCO insiste sur le rôle central de ces dispositifs éducatifs, notamment en Afrique de l’Ouest, à travers des programmes de formation pour journalistes, enseignants et jeunes.

https://www.unesco.org/fr/articles/covid-19-lunesco-met-en-place-un-reseau-de-fact-checkers-en-afrique-de-louest

L’objectif n’est pas d’imposer une vérité officielle, mais de renforcer l’autonomie intellectuelle des citoyens dans un environnement informationnel saturé. Elle est particulièrement cruciale pour les jeunes générations, premières consommatrices d’informations en ligne.

Une responsabilité collective face à la manipulation de l’information

La lutte contre la désinformation ne peut reposer sur un seul acteur. Les plateformes numériques doivent renforcer la transparence de leurs algorithmes et leurs mécanismes de modération.

Les médias doivent continuer à investir dans le journalisme de qualité, le fact-checking et la contextualisation des faits.

Les citoyens, quant à eux, jouent un rôle déterminant en adoptant des pratiques responsables de consommation et de partage de l’information.

Les pouvoirs publiques sont également invitées à encadrer ces dynamiques sans porter atteinte à la liberté d’expression, un équilibre délicat mais indispensable.

Informer pour renforcer la résilience démocratique

La désinformation prospère là où la confiance s’effrite et où l’esprit critique recule.

En manipulant les récits, elle alimente les peurs, accentue les fractures sociales et fragilise les fondements démocratiques. Face à cette réalité, promouvoir une culture de la vérification, soutenir l’éducation aux médias et valoriser un journalisme rigoureux constituent des réponses essentielles pour renforcer la résilience des sociétés.