Contexte
En Côte d’Ivoire, la forte pénétration du mobile et la jeunesse connectée font des réseaux sociaux un outil central pour l’information, de mobilisation et de contestation politique. A l’approche des élections et face aux vagues de désinformation, l’État et les régulateurs ont choisi, depuis 2023, un changement de stratégie, passer d’actions ponctuelles, comme la dénonciation de rumeurs, à des politiques publiques et partenariats structurés.
Mesures concrètes et principaux éléments de la politique ivoirienne
Depuis 2022, la Côte d’Ivoire a renforcé son cadre légal et ses actions pour encadrer les réseaux sociaux. La révision de la loi sur la communication audiovisuelle a élargi le périmètre aux contenus en ligne.
Entre 2023 et 2024, le pays a lancé la stratégie Responsabilité Numérique 225 et la campagne gouvernementale “En Ligne, Tous Responsables”, incluant sensibilisation, partenariats internationaux et modules scolaires, tout en renforçant les contrôles et sanctions par la HACA.
La politique repose sur plusieurs piliers :
- Une charte des réseaux sociaux pour blogueurs et influenceurs, fondée sur sept principes : citoyenneté numérique, respect du droit d’auteur, véracité et non-incitation à la haine.
- Des campagnes de sensibilisation publiques, avec spots, interventions scolaires et collaboration avec partenaires internationaux.
- Un cadre réglementaire modernisé, prenant en compte les services vidéo en ligne et élargissant le champ d’action du régulateur.
- Un renforcement institutionnel, avec rapports annuels, mise en conformité et augmentation des sanctions en 2023.
Les Limites
- Efficacité non démontrée à grande échelle
Peu de données publiques montrent une réduction mesurable de la désinformation ou un vrai changement comportemental.
- Charte essentiellement volontaire
Sans mécanismes d’application forts, son impact reste limité aux signataires engagés.
- Risque d’instrumentalisation politique
Un cadre légal élargi et régulateur actif peut basculer vers la censure si les outils sont mal encadrés.
- Portée limitée envers plateformes chiffrées
WhatsApp, Telegram et groupes fermés restent difficiles à réguler par des campagnes publiques.
- Inégalités d’accès et alphabétisation numérique
Campagnes et chartes touchent surtout les urbains connectés ; la majorité rurale reste fragile face aux infox.
Recommandations pratiques
- Renforcer l’éducation numérique : intégrer modules obligatoires dans les écoles et formations publiques locales (ciblage rural).
- Rendre la charte plus inclusive : encourager signatures massives (médias locaux, radios communautaires) et traductions en langues locales.
- Garantir des garde-fous juridiques : prévoir des mécanismes indépendants d’arbitrage pour éviter la censure politique.
- Engager les plateformes : négocier avec Facebook/Meta, TikTok, WhatsApp pour outils de détection/alerte et partenariats sur vérification.
- Cibler les plateformes privées : développer approches spécifiques pour WhatsApp/Telegram (bot de vérif, ONG locales, community managers formés).
À l’échelle africaine, des pays comme le Rwanda, la Tunisie ou l’Éthiopie ont renforcé la surveillance des réseaux sociaux, mais la Côte d’Ivoire se distingue par sa charte et ses campagnes de sensibilisation, au-delà de la simple répression.
Le pays propose une feuille de route prometteuse pour une gouvernance numérique plus équilibrée en Afrique, malgré des limites sur les plateformes fermées et en zones rurales.