En mai 2024, le chercheur humanitaire belgo-portugais Joseph Figueira Martin fut arrêté en République centrafricaine. Libéré en avril 2026, Figueira est bien plus qu’un simple détenu dans un dossier judiciaire sensible. Son cas a servi au système de propagande informationnelle de Wagner, une stratégie visant à discréditer les ONG internationales, les États-Unis et les Nations unies en Centrafrique.
Dans le sud-est de la Centrafique, le 26 mai 2024, le ressortissant Joseph Figueira est arrêté à Zemio. Figueira consultant pour l’ONG américaine FHI 360 est accusé d’être en contact avec des groupes armés, menaçant la sûreté de l’État.
Le FHI 306, affirme qu’il travaillait sur un programme de développement communautaire lorsqu’il a disparu avant d’être confirmé en détention par les autorités centrafricaines.
Selon une enquête de RFI qui s’appuie sur des documents attribués à Africa Politology, son nom a circulé bien au-delà du cadre juridique. Son cas a été exploité par les réseaux de propagande russe afin d’amplifier un narratif qui vise à discréditer la présence des autres acteurs étrangers en Centrafrique.
Africa Politology est une structure de communication issue de l’orbite Wagner et associée à l’héritage d’Evgueni Prigojine.
Une arrestation transformée en récit politique
L’objectif Russe était clair, Joseph Figueira était la proie idéale pour parfaire son influence. Il effectuait une mission de terrain quand il a été interpellé par des hommes de Wagner. Au bon endroit sûrement pour sa mission humanitaire, mais pas au bon moment.
Il a ensuite été transféré dans plusieurs lieux de détention, dans un centre à Bria, puis le camp de Roux à Bangui. Plusieurs accusations étaient portées contre lui, espionnage, liens avec des groupes armés et une atteinte à la sûreté de l’Etat. Selon les documents qui ont été consultés, il ne s’agissant pas seulement de commenter une affaire judiciaire.
C’était évident, Joseph Figueira était devenu l’acteur principal d’une narration orientée, celle d’un acteur étranger, symbole supposé d’une ingérence occidentale en Centrafrique.
Cette stratégie repose sur un mécanisme de désinformation bien connue des Russes. Partir d’un fait réel, du moins, une arrestation sans preuve, pour y greffer des interprétations, afin de les diffuser à travers les médias, des comptes, des conférences, dans le but d’augmenter son influence face à des acteurs étrangers présentés comme une « menace », un frein à la Russie.
ONG, Etats-unis, ONU : une campagne à cibles multiples
Fugueira n’est pas un cas isolé, il s’inscrit dans une campagne plus large contre les ONG internationales, les Etats-Unis, la Minusca, et même la Cour pénale internationale.
African Politolgy avait pour volonté de bloquer « l’influence de Washington » et de délégitimer les organisations déjà présentes en Centrafrique, d’après ce qui est écrit dans les documents.
Depuis plusieurs années, la Centrafrique est un terrain de rivalités d’influence, avec l’implantation de Wagner en Afrique.
Le groupe paramilitaire intervient officiellement dans la lutte contre les groupes armés, mais son rôle dépasse largement le domaine sécuritaire.
Des abus sont dénoncés par les ONG, parmi lesquelles, des exactions, des arrestations arbitraires, des actes de torture, des disparitions forcées, des exécutions sommaires, des violences contre les civils et des entraves à l’action humanitaire. Autant d’accusations, documentées et relayées par les organisations internationales.
Dans cette logique, ces ONG deviennent des obstacles pour les groupes paramilitaires Russe en Afrique. Les présenter comme des relais d'ingérence permet donc de fragiliser leur légitimité auprès de l’opinion publique et des autorités.
Les réseaux pro Russe cherchent à installer une lecture unique, d’un côté la présence des acteurs occidentaux comme instrument de déstabilisation et de l’autre une protection nécessaire par la présence des Russes.
Un précédent inquiétant pour l’action humanitaire
Après, près de deux ans d’emprisonnement, Joseph Figueira Martin est remis en liberté le 7 avril 2026. Mais sa libération ne met pas fin aux conséquences de l’affaire. La neutralité des organisations humanitaires est remise en cause et transformée en accusation politique.
Cette affaire met en avant le fait que tout acteur humanitaire peut devenir malgré lui un instrument de communication politique là où l’information est militarisée. La désinformation ne se limite pas aux réseaux sociaux, toutes les techniques d’influences sont envisagées même sur le terrain afin de peser sur les ONG et de redessiner les rapports de force diplomatiques.
Une affaire qui révèle les rouages des stratégies russes en Afrique.
Toutes ces techniques employées par la Russie utilisent l’information comme un outil de puissance. Elles visent à renforcer l’image de la Russie, la faisant passer comme un allié indispensable du pouvoir, tout en affaiblissant les concurrents humanitaires, politiques et diplomatiques.
Figueira Martin est devenu malgré lui un symbole : celui d’une action humanitaire prise dans l’engrenage de la propagande et des rivalités géopolitiques.