Longtemps présentée comme une alternative aux partenaires occidentaux, la Chine s’est imposée en Afrique à coups d’investissements, de prêts et de grands projets d’infrastructures. Mais les critiques se multiplient autour des mines, de l’environnement, de l’emploi et du déséquilibre commercial. La Chine devient-elle pour autant indésirable sur le continent ?

Routes, barrages, chemins de fer, mines, télécommunications… En deux décennies, la Chine est devenue un partenaire économique incontournable de nombreux pays africains. La relation reste particulièrement dynamique. Selon les données douanières chinoises rapportées par le Centre for African Studies de la Nanyang Technological University, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont atteint un record de 348 milliards de dollars en 2025, en hausse de 17,7 % en un an.

China-Africa trade hits record US$348bn as deficit balloons
Total trade between China and Africa surged to a record US$348.05bn in 2025, a 17.7% annual increase that underscores Beijing’s intensified focus on emerging markets in the face of US tariffs.

Mais derrière ce record se cache un important déséquilibre : la Chine a exporté environ 225 milliards de dollars de marchandises vers l’Afrique, contre 123 milliards d’importations. Le déficit commercial africain vis-à-vis de Pékin dépasse ainsi les 100 milliards de dollars.

 Une relation économique déséquilibrée

Une grande partie des exportations africaines vers la Chine reste constituée de matières premières : pétrole, cuivre, cobalt, minerai de fer et autres ressources minières. Dans le sens inverse, l’Afrique importe notamment des machines, des équipements électroniques et des produits manufacturés. Plusieurs États africains souhaitent désormais aller au-delà de l’exportation de matières premières et développer localement le raffinage, la transformation et la fabrication.

Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, au moins 13 pays africains ont instauré des restrictions sur les exportations de certains minerais critiques bruts, afin notamment d’encourager leur transformation locale.

Les grands prêts chinois ralentissent

Autre changement : la Chine prête beaucoup moins aux gouvernements africains qu’auparavant. Selon la Chinese Loans to Africa Database de l’Université de Boston, les prêteurs chinois ont signé 1 319 engagements représentant près de 181 milliards de dollars entre 2000 et 2024. Mais en 2024, les nouveaux engagements sont tombés à moins de 2,1 milliards de dollars.

Chinese Loans to Africa Database
Explore the Chinese Loans to Africa Database via @GDPCenter

Ce recul ne signifie pas nécessairement que les pays africains refusent l’argent chinois. Il traduit également un changement de stratégie de Pékin, désormais plus sélectif dans ses financements après l’époque des gigantesques projets d’infrastructures financés par la dette.

Des tensions dans le secteur minier

La présence chinoise suscite également des tensions dans certains pays. En Guinée, environ 3 000 travailleurs du projet minier de Simandou ont interrompu certaines opérations en 2026 pour réclamer notamment l’application d’une nouvelle grille salariale. Le mouvement concernait les blocs exploités par Baowu Winning Consortium Simandou, dirigé par des intérêts chinois, selon Reuters.  Au Ghana, les autorités environnementales ont renforcé leurs contrôles dans le secteur minier. Certaines entreprises à capitaux chinois ont été concernées par ces mesures. Ces situations ne constituent pas une preuve d’un rejet généralisé de la Chine. Elles illustrent surtout des exigences croissantes en matière de conditions de travail, d’environnement et de retombées locales.

Les Africains rejettent-ils vraiment la Chine ?

Les enquêtes d’opinion incitent justement à la prudence. Dans son rapport African Insights 2026, basé sur des enquêtes réalisées en 2024 et 2025, Afrobarometer indique que 62 % des Africains interrogés considèrent positivement l’influence économique et politique de la Chine dans leur pays. À titre de comparaison, cette proportion est de 52 % pour les États-Unis et de 50 % pour l’Union européenne.

African insights 2026: Beyond borders: Citizen perspectives on a shifting global order
Foreword: Africans embrace integration – and their own agency

Ces chiffres rendent difficile l’idée d’une Chine devenue globalement « indésirable » sur le continent. La réalité est plus complexe. Un gouvernement à la recherche d’investissements, un commerçant confronté aux importations chinoises et un travailleur employé dans une mine peuvent avoir des perceptions très différentes de la présence chinoise.

Une Afrique surtout plus exigeante

Le véritable changement se trouve peut-être là. La Chine demeure un partenaire économique majeur du continent, mais plusieurs États africains cherchent désormais à obtenir davantage : emplois locaux, transformation des matières premières, transfert de technologies, protection de l’environnement et meilleures retombées économiques.

Pékin lui-même semble adapter son approche en réduisant les grands prêts et en privilégiant des engagements plus sélectifs. La Chine ne devient donc pas nécessairement indésirable en Afrique. C’est plutôt l’ancien modèle de relation avec Pékin qui semble de plus en plus contesté. Une relation essentiellement fondée sur l’extraction de matières premières, l’importation de produits manufacturés et l’endettement pour financer les infrastructures paraît progressivement laisser place à une Afrique plus exigeante.

La véritable question n’est alors peut-être plus de savoir si l’Afrique veut encore de la Chine, mais à quelles conditions elle souhaite désormais travailler avec elle ?